Newsletters

L’HORLOGER DE L’UNIVERS

Méditation estivale……

Il regarde à la loupe, le travail qu’il va devoir faire. Il sait que les petites choses sont délicates dans leur grandeur.  Les rouages,  imbriqués  les uns dans les autres,   marquent   un  pas  de  plus,  dans  chaque moment de l’existence. Ils tournent  sur eux-mêmes, cherchant  à connaître,  au plus profond  de la substance, ce qu’il a de meilleur. Alors dans leurs différences respectives, ils doivent s’aider entre eux, avec affinité évidente,  pour  mesurer  le temps.  Les rubis transmettent  de la fluidité à la mécanique. La pierre précieuse porte  en elle les vibrations  du passé, avec toute  son expérience  qui  donne  la connaissance,  le moteur de tous les instants, pour maintenant  et pour après.  Toutes  les pièces  fonctionnent  en  harmonie, chacune avec sa propre mission, avançant tranquillement dans la paix, le bon vouloir des unes et des autres, pour que les deux aiguilles de la belle mécanique puissent vivre en permanence le moment présent.

Un  jour, un grain  de sable, venu se placer  entre deux dents, entrava la liberté de l’ensemble. Méticuleux  et d’un calme irréprochable,  il ouvrit  le boîtier  pour   observer   l’intérieur.  Ce  n’était  plus comme avant. Dans l’infiniment petit, le désordre régnait en maître. Il pensait que cette décadence allait faire  courir  le monde  à sa perte.  Sans  guide,  sans repère, la fin serait proche. Il ne pourrait pas supporter.  Sans  aucun  doute,  il savait  que  les heures,  les minutes  et les secondes  n’existaient pas mais il y a bien longtemps, l’homme les avait inventées pour se rassurer.  Il avait toujours eu besoin de se créer cette confiance qui l’habite au quotidien pour marcher droit devant, passé, présent et futur confondus. Des siècles et des siècles après, il lui fallait encore le même outil pour lui apporter  l’assurance.

Après une méditation sur le devenir, l’horloger du monde décida d’intervenir rapidement  pour régler le problème  dans  la simplicité de l’essentiel pour  que l’homme puisse continuer à tourner  la roue de la vie, le temps de l’éternité.

 

Extrait du livre de Serge Léautier : L’homme désaccordé